En 1979, le Festival de Cannes, présidé par Françoise Sagan, est relativement ennuyeux : pas de scandale, pas de grand événement… ni même un film qui se distingue des autres. La présidente va même jusqu’à qualifier la sélection d’ « opéra-bouffe »… jusqu’à ce qu’un film soit projeté.
Ce film, c’est Le tambour de Volker Schlöndorff, qui raconte l’histoire d’un petit garçon qui se voit offrir un tambour le jour de ses trois ans et refusera dès lors de grandir. Ce film, abordant la montée du nazisme, est considéré comme un véritable chef-d’œuvre dès sa présentation sur la Croisette au début du Festival. Afin de s’assurer que l’ensemble du jury partage son opinion, Françoise Sagan procède à un vote, qui donne vainqueur le film de Schlöndorff, qui éclipse tous les autres films présentés en compétition.
Mais un sérieux concurrent n’avait pas encore été projeté au moment du vote. Il s’agit d’Apocalypse now (voir ma critique) de Francis Ford Coppola, arrivé bobine par bobine sur la Croisette alors que Coppola vient à peine d’en terminer le montage. Tout le monde connaît le catastrophique passé de cette œuvre sur la guerre du Viêtnam, qui donnera par la suite un documentaire, Au cœur des ténèbres : l’apocalypse d’un metteur en scène, retraçant les 238 jours de tournage aux Philippines.
Apocalypse now est donc présenté au Festival de Cannes le 19 mai (veille de la clôture) et à l’issue de la projection, spectateurs et critiques restent sans voix devant le chef d’œuvre de Francis Ford Coppola, qui se présente comme un très sérieux rival pour Le Tambour.
Le lendemain de la projection (et donc à quelques heures de l’ann
once du palmarès), Robert Favre Le Bret, directeur général du Festival, apporte à Françoise Sagan les premières critiques (toutes extrêmement positives) écrites sur Apocalypse now, mais celle-ci s’énerve : elle estime que le directeur du Festival veut la pousser à remettre la Palme d’Or à Coppola plutôt qu’à Schlöndorff. La présidente décide alors d’organiser un vote secret au sein de son jury. Les résultats sont partagés : cinq voix en faveur du Tambour mais également cinq voix en faveur d’Apocalypse now. Voulant remettre la Palme d’or au film de Volker Schlöndorff, Sagan demande à ce que sa voix compte double, mais cette faveur lui est refusée…
Vexée, Françoise Sagan menace de faire un scandale si Le Tambour n’obtient pas la récompense suprême, argumentant qu’il s’agit du « seul vrai choix du jury ». Finalement, un consensus est trouvé par Maurice Bessy, juré et diplomate, qui propose à la présidente une Palme d’or ex-aequo. Ainsi, le soir du 20 mai, Le Tambour de Volker Schlöndorff et Apocalypse now de Francis Ford Coppola remporte tous deux la Palme d’or. Malgré tout, le palmarès n’est pas au goût de Françoise Sagan, qui s’en prend l’industrie du cinéma dans une industrie accordée à Paris Match… six mois après la clôture du Festival !